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PRESSE RELEASE EXHIBITION IN LEBANON IN ENGLISH AND ARABIC

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"Algérie, photographies d'une guerre sans images"

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WAR WITHOUT IMAGES - ALGERIA, I KNOW THAT YOU KNOW
GUERRE SANS IMAGES - ALGERIE, JE SAIS QUE TU SAIS
GUERRE SANS IMAGES - ALGERIEN, ICH WEISS, DASS DU WEISST
GUERRE SANS IMAGES - ALGERIA, IO SO CHE TU SAI


A documentary film by Mohammed Soudani with Michael von Graffenried
Un film de Mohammed Soudani avec Michael von Graffenried

Documentaire long-métrage 90' DV>35mm couleur-nb Dolby stéreo, une production d'Amka Film

WAR WITHOUT IMAGES is the return of photographer Michael von Graffenried to
Algeria, a country which, between 1991 and 2000, he visited incognito, taking pictures
of people with a hidden camera. During that time before 9/11, Algeria was shaken
by a civil war between the government and islamic extremists in which about 200,000
people lost their lives. In a land where Islamic terrorists executed more than sixty journalists
and photographers in 1993 and 94. von Graffenried risked his life to take photographs
of the hidden conflict. In this film, he goes back to find the people whose pictures
he « stole ». The videocamera witnesses these strange reunions and tries to capture
moments of truth from those people who have everything to lose in delivering
their stories.
The result is a film that holds a mirror to contemporary Algeria: a crossed, contradictory,
complex place where laughter and tears intermingle. It is a country that wants
both to live and to forget its tragedy and which is still looking for its identity, somewhere
between East and West.


Envoutantes images qui ont ramené le réalisateur, Mohammed Soudani, dans son pays natal, l’Algérie, après une absence de trente ans. Caméra au poing, il a emboité le pas au photographe Michael von Graffenried, parti retrouver ces gens qu’il avait photographiés à leur insu entre 1991 et 2000.
La caméra se fait le témoin de ces étranges retrouvailles, tente de capter les moments de vérité de ceux qui ont tout à perdre en se livrant. C’est au revenant qui avait dérobé leur image que ces gens vont parler, dévidant leur histoire, s’ouvrant comme le livre de photographies qui les a mis en scène. Privés de parole, ils se confient à présent à ce voleur occidental, parce que le besoin de raconter, de se dire, est vital.
La caméra pose ainsi à son tour son regard sur l’Algérie d’aujourd’hui. Regards croisés, contradictoires, complexes, comme ce pays où le rire et les larmes s’entremêlent.
Ce pays qui veut à la fois vivre et oublier la tragédie, et qui, entre Orient et Occident, cherche toujours son identité.
Au cœur de l’Algérie

En cette fin de janvier 2000, un jeune étudiant vient visiter l’exposition «Algérie, photographies d’une guerre sans images», présentée depuis quelques jours à la Bibliothèque nationale d’Alger. Il se plaint d’une des légendes, dont il dit qu’elle est fausse: la photo ne peut pas avoir été prise cette année-là, puisque le barbu qu’elle montre a été abattu par la police un an auparavant. Je lui demande comment il le sait. L’homme en question était son voisin, comme d’ailleurs, les deux Islamistes en djellabah sur une autre photo. Pourrait-il me les présenter, ou sont-ils dangereux?
«Comment ça dangereux? Mais ce sont mes voisins», répond-il. Je lui confie un catalogue, en arabe, de l’exposition, avec mon numéro de téléphone. S’il pouvait leur faire comprendre que j’aimerais vraiment faire leur connaissance.
Quelques jours plus tard, Rachid, l’un des deux barbus, vient nous chercher, mon ami Sid et moi, à l’entrée de la casbah. Il nous emmène par les ruelles étroites jusqu’à sa maison, où thé et gâteaux nous attendent, et nous raconte de nombreux épisodes qu’il a vécus à cause de sa barbe les dix dernières années.
Un mois plus tard, nous lui rendons de nouveau visite, cette fois avec le réalisateur Mohammed Soudani. Nous demandons si nous pouvons filmer. Rachid est d’accord sur le principe. Cependant, il ne veut pas que son visage apparaisse sur la pellicule. Cela contredit sa religion.
En feuilletant machinalement le catalogue qui lui a été apporté, je tombe sur trois photos en partie recouvertes de papier. Elles représentaient un couple d’amoureux à la plage, des filles en maillot de bain et une femme en minijupe dansant lors d’un mariage. Je suis stupéfait. «Vous avez fait votre propre catalogue», lui dis-je en riant. Il rétorque que c’est normal. J’insiste alors sur le fait que je n’ai absolument pas mis ces images en scène, qu’il s’agit bien de la réalité quotidienne, tandis que lui a ouvertement voulu recréer sa propre réalité. Pourquoi n’avoir tout simplement pas jeté le catalogue? Non, dit-il, il veut qu’on voit les images comme lui le décide; la manière dont ces femmes sont habillées est pour lui du «terrorisme», c’est l’expression qu’il utilise. Je lui demande alors si j'ai peché, pour l’avoir photographié, lui, à son insu. Il me répond alors très franchement que ce n’est pas un problème: en tant que chrétien, je suis de toute façon voué aux flammes de l’enfer. Je sais qu’il est un parmi des millions à penser ainsi. Mais bien que cette vision des choses nous soit étrangère, à nous occidentaux, les anecdotes de Rachid sont extraordinairement révélatrices. Je lui ai demandé de les coucher sur le papier pour en faire un texte sous le titre «Ma vie d’Islamiste: le quotidien d’un barbu».

Le 14 avril 2001, me voilà, muni de mon appareil, sur le front de la «guerre contre le terrorisme». Des soldats algériens bombardent quelques barbus, membres du GIA algérien, qui se sont cachés dans une zone de forêt montagneuse, près de Médéa. L’armée utilise des lance-mines d’un calibre 12, exactement les mêmes que nous avons utilisés il y a 25 ans, à l’école de recrues suisse. Quand je raconte ça à l’officier des unités spéciales qui m’accompagne, il s’excuse pour la vétusté du matériel, tout en m’expliquant que ces canons sont bien assez bons pour les quelques barbus traqués.
Depuis dix ans, les militaires algériens mènent une guerre sans merci contre le terrorisme. On a longtemps parlé d’ «éradication». La méthode consiste à tuer tous les terroristes islamistes, afin d’en finir une fois pour toutes avec le «terrorisme». Ça me penser à une cuisine menacée d’invasion par les cafards. On peut tuer les cafards qui sont dans la pièce, mais tant qu’il y aura de la farine et des restes, de nouveaux cafards ne cesseront d’arriver. Cette guerre dure depuis dix bonnes années, sans avoir jamais vraiment été prise au sérieux à l’étranger. Quelque 100'000 personnes en sont mortes jusqu’à présent, mais aucune solution n’a été trouvée. Les Etats-Unis ont commencé la guerre contre Al-Qaeda il a un peu moins d’un an. Pour eux aussi, l’écrasant succès continue de se faire attendre.
Jusqu’au 11 septembre 2001, les généraux algériens étaient sous une pression permanente.
«La sale guerre», écrit par Habib Souaïda, lieutenant algérien réfugié en France, paraît en France début 2001. Le livre décrit comment l’armée algérienne a commis des massacres afin de les attribué aux groupes islamistes armés. En juin 2001, le général Khaled Nezzar vient en France présenter son autobiographie. Au même moment, la justice française donne cours à une plainte déposée contre lui pour torture par un Algérien réfugié en France. Pour échapper à une arrestation, Nezzar quittera précipitamment la France en jet privé. Quelques semaines avant la plainte, un autre général, le général Fodil-Cherif, qui m’avait accompagné lors de mon reportage sur l’armée, m’avait dit «ne se sentir en sécurité qu’en Algérie». Après les attaques terroristes du 11 septembre sur New York, les généraux ont connu un regain de confiance: après tout, n’ont-ils pas la plus grande expérience de la «guerre contre le terrorisme»? Cela les rend intéressants aux yeux des Américains, bien que le peuple algérien est du côté palestinien dans le conflit au Proche-Orient.
Le général Khaled Nezzar a porté plainte contre Habib Souaïda pour diffamation et a pu entretemps revenir à Paris pour la teneur du procès, qui s’est ouvert dans la semaine du 5 juillet ; à cette date, il y a 40 ans, l’Algérie devenait indépendante de la France. La plainte est toujours en cours.
En octobre 1991, lors de mon tout premier séjour en Algérie, j’avais eu l’impression que ce pays est laboratoire teste.
J’avais eu le sentiment que les problèmes liés au fondamentalisme islamique auraient vite fait d’atteindre notre monde occidental. C’est pourquoi ce pays-là a attiré mon attention. Je me suis souvent posé la question: qu’est-ce que l’Algérie? Un pays francophone méditerranéen, ou un pays européen, ou un pays africain, ou un pays islamico-arabe? Ou un pays touareg et berbère?
Lors des préparatifs de tournage pour le film documentaire «Algérie – Je sais que tu sais», nous nous trouvons, le réalisateur, le caméraman, technicien du son et moi, dans le cimetière entre Raïs et Bentalha, dans la plaine de la Mitidja, le « triangle de la mort ».
Mon travail consiste à distraire les membres de sécurité de la gendarmerie postés dans leur Toyota tout-terrain, afin qu’ils ne dérangent pas l’équipe en train de tourner. Il y a là un Arabe, le chef de l’unité, un Kabyle et un Noir. Je leur pose la question que je me pose depuis que j’ai mis le pied en Algérie. Le chef répond tout de suite, que l’Algérie est un Etat-nation et tous ses citoyens sont tout simplement des Algériens, et rien d’autre. Je lui demande pourquoi un Noir n’a jamais accédé à la présidence. Les yeux du Noir se mettent à briller. Je demande également pourquoi la culture et la langue berbères de la Kabylie sont réprimées. Le visage du Kabyle en dit long. Mais de nouveau, seul le chef parle, bien qu’il soit un peu déstabilisé. Afin de désamorcer la tension, j’évoque l’identité suisse, sur laquelle nous nous interrogeons toujours. J’avance mon opinion que le premier pas vers la paix sera fait lorsque les Algériens accepteront qu’il y a dans leur pays des gens aux cultures différentes. Pour l’instant, il me semble que les Algériens continuent de se battre pour leur indépendance, afin de trouver enfin leur véritable identité.
Jusqu’à deux ans de ça, les Kabyles ont mis de côté leurs revendications identitaires au profit de la lutte contre les groupes islamistes armés. Ils ont été les premiers à s’organiser dans des groupes d’autodéfense et à combatttre les terroristes avec des fusils de chasse.
La population civile, tout d’abord en Kabylie puis dans le reste du pays, a été armée et soutenue par le pouvoir. Pendant une brève période, l’union s’est faite contre l’ennemi commun. Mais le danger est revenu. La mort d’un jeune homme, abattu dans le poste de police de Beni Douala, en avril 2001, a déclenché les manifestations des Kabyles. La police, entraînée à l’éradication des terroristes, a abattu quelque 80 manifestants en l’espace de trois mois, avant que les gendarmes n’apprennent comment s’y prendre avec les manifestants.
La série de photographies prises pendant une journée «Un jour dans le village berbère de Tadmaït» retrace les affrontements entre les jeunes et la police et la mort d’un des jeunes.
Dans mon pays, la Suisse, il semble que tout ce que l’on savait de l’Algérie, c’est que s’y déroulent de terribles massacres faisant de nombreuses victimes. Les attaques sur les Twin Towers du World Trade Center n’ont pas seulement montré au monde occidental à quel point il était vulnérable, mais aussi à quel point il savait peu de choses de l’idéologie fondamentaliste et islamiste.

Michael von Graffenried, Paris, juillet 2002